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Quels groupes d’inactifs (re)mettre au travail pour arriver à un taux d’emploi de 80%?

Le gouvernement De Croo veut que 80% des Belges en âge d’avoir un emploi travaillent effectivement à l’horizon 2030. Pour atteindre ce taux d’emploi, pas moins de 669.500 personnes devront rejoindre le bataillon des actifs. À l’heure où le marché du travail connaît d’importantes pénuries de main-d’œuvre, mener à bien cette mission exigera de sortir des sentiers battus des politiques d’emploi actuelles. Notre rédaction s’est plongée dans les chiffres du centre d’études Steunpunt Werk de la KU Leuven pour mettre en évidence les gisements de main-d’œuvre encore peu ou pas exploités.

Par Thomas Roelens, Cyrine Beune et Thomas Segers 16 février 2022

Les employeurs ont de plus en plus de mal à trouver le personnel dont ils ont besoin. Avec un taux de chômage historiquement bas, de nombreux postes vacants ne trouvent pas preneurs. Cette pénurie de main-d’œuvre n’ira qu’en s’aggravant au fil du vieillissement de la population. En clair, avant même que la décroissance de la population active n’atteigne sa vitesse de croisière, nos réserves de travail semblent donc déjà épuisées.

La politique d’activation des chômeurs ne suffira pas à doper notre taux d’activité. Selon la professeure Sarah Vansteenkiste (KU Leuven), nous devons élargir notre champ de vision pour remettre et accompagner d’autres personnes sur le chemin du travail. Sarah Vansteenkiste, qui dirige le centre d’études universitaire Steunpunt Werk, analyse pour nous les catégories d’adultes susceptibles d’entrer ou de revenir sur le marché du travail.

Source : Steunpunt Werk - KU Leuven

Population en âge de travailler Parmi les 11,6 millions de Belges, on en compte 6,7 millions âgés de 20 à 64 ans. Ces adultes ont un âge où une personne est présumée active sur le marché du travail. Pour la lisibilité de notre propos, nous avons ramené cette population à 100 personnes.

70 des 100 personnes travaillent Parmi ces 100 personnes potentiellement actives, 70 travaillent réellement. Notre taux d’emploi se situe ainsi sous la moyenne européenne. À titre de comparaison: aux Pays-Bas et en Allemagne, 80% de la population en âge de travailler ont effectivement un emploi.

6 personnes souhaitent travailler davantage Le potentiel productif des personnes au travail peut être mieux utilisé. 6 travailleurs sur 70 veulent travailler plus. Cela concerne les salariés qui sont employés à temps partiel, mais qui souhaitent travailler plus d’heures chez leur employeur ou recherchent une activité complémentaire. Certaines de ces personnes sont des chômeurs temporaires en raison de la crise sanitaire. D’autres ont un horaire de travail flexible qui se réduit en périodes d’activité plus calme.

4 recherchent activement un travail Le gisement potentiel de main-d’œuvre le plus évident est constitué des chômeurs actifs. Il s’agit des personnes qui recherchent un emploi et peuvent être employées immédiatement. Ce groupe n’a cependant jamais été aussi réduit. La réserve de main-d’œuvre est même particulièrement limitée parmi le groupe de personnes âgées de 25 à 49 ans, puisqu’il affiche déjà un taux d’emploi supérieur à 85%. Le solde est formé principalement de jeunes issus de l’immigration, de personnes peu qualifiées et de demandeurs d’emploi plus âgés.

Plus d’une personne sur quatre est inactive Outre les chômeurs, il existe encore un groupe important et divers de personnes inactives. Plus d’un quart de la population en âge de travailler n’est pas disponible sur le marché du travail. La Belgique se situe ainsi à l’arrière du peloton européen, à l’instar de la Croatie, l’Espagne, la Roumanie et l’Italie.

Les causes sont diverses: notre pays compte un grand nombre de malades de longue durée et permet encore à relativement beaucoup de personnes de prendre une retraite anticipée. Mais d’autres raisons l’expliquent. Nous les examinons à présent de plus près.

6 inactifs sont en incapacité de travailLe principal sous-groupe des inactifs est constitué de personnes en incapacité de travail. 6% de la population en âge de travailler n’en est pas capable en raison d’une maladie ou d’une invalidité. Ce nombre n’a cessé de croître ces dernières années. Les femmes, les personnes peu qualifiées et les plus de 50 ans sont surreprésentés dans ce groupe.

Le manque de souplesse de l’organisation du marché du travail en Belgique nous empêche de proposer à ces personnes un parcours d’insertion ou un retour au travail sur mesure. Les entreprises et les mutualités n’y sont pas suffisamment encouragées. Et quand des personnes se voient proposer un travail sur mesure, elles le refusent parfois par crainte de perdre une allocation. Par ailleurs, des abus sont possibles dans la mesure où les contrôles sont limités.

4 personnes restent chez ellesUn autre grand groupe est constitué de femmes et d’hommes au foyer. Plus d’une femme au foyer sur trois a moins de 50 ans. Il s’agit surtout de femmes issues de l’immigration et qui sont souvent peu qualifiées. Ces femmes ont besoin d’un accompagnement spécifique pour s’insérer sur le marché du travail.

5 personnes sorties prématurément du marché du travail Les prépensionnés ou les personnes relevant d’autres régimes de retraite anticipée ne doivent plus être disponibles sur le marché du travail, alors qu’ils sont encore capables de travailler. Des experts plaident depuis longtemps pour maintenir les personnes au travail à un âge plus avancé.

5 sont encore sur les bancs de l’écoleDu fait du rallongement des études, une part considérable de la population en âge de travailler est encore sur les bancs de l’école.

5 demandeurs d’emploi éprouvent des difficultés à s’insérer sur le marché du travailPour un groupe de personnes relativement important, des obstacles les empêchent de travailler. Par exemple, certaines personnes ne peuvent pas combiner un emploi et la charge d’un enfant ou d’un autre membre de la famille. Des investissements supplémentaires dans le système de soins de santé et l’accueil des enfants contribueraient à résoudre ce problème.

D’autres personnes abandonnent leur recherche d’emploi parce qu’elles ont des connaissances linguistiques insuffisantes, ne disposent pas de leur propre moyen de transport ou s’estiment trop âgées pour encore travailler. Pour les remettre sur le chemin du travail, une voie à suivre serait de renforcer leurs compétences et de lutter contre les discriminations.

Par ailleurs, il existe encore un petit groupe de personnes qui ne travaillent pas pour diverses raisons. Leur profil n’est pas toujours uniforme, ce qui rend plus complexe la mise au point de mesures d’activation concrètes.

78% potentiellement au travailPour accroître la proportion de personnes qui travaillent, des mesures spécifiques sont nécessaires pour chaque groupe mis en évidence, comme le démontre l’étude du Steunpunt Werk. Le centre d’études, qui fournit des données et des analyses aux autorités, conclut que le taux d’emploi peut en théorie être hissé à 78%, si nous mettons au travail les groupes “les plus faciles” dans la réserve de main-d’œuvre.

Le centre d’études vise ainsi tous les demandeurs d’emploi actifs et passifs qui sont disponibles ou employables à moyen terme. En les activant tous, le taux d’emploi peut passer de 75% à 80%, qui est l’objectif du gouvernement.

Ces mêmes mesures ne suffiront cependant toujours pas à atteindre ce taux de 80% à Bruxelles et en Wallonie. Le taux d’activité y augmenterait respectivement à 77 et 75%. C’est à Bruxelles que les mesures auraient le plus d’impact: une progression de 15 points de pourcentage du taux d’emploi. Cela s’explique principalement par le fait que la Région de Bruxelles-Capitale dispose d’une plus grande réserve de chômeurs actifs, proches du marché du travail.

  • Travailleurs
  • Chômeurs actifs
  • Demandeurs d’emploi, disponibles ou employables
  • Autres inactifs

Source : Steunpunt Werk - KU Leuven