En clair

Investir dans les panneaux photovoltaïques en 9 questions

Par Caroline Sury le 22 février 2019

Alors que la Wallonie a mis fin à son système de soutien, l’investissement reste très intéressant, même si la législation et la taxation sont encore appelées à évoluer. A Bruxelles, c’est encore plus rentable.

COMMENCER

Les questions

/

Quels sont les changements attendus en Wallonie?

À partir du 1er janvier 2020, la Wallonie imposera un «tarif prosumer». Concrètement, ce tarif s’appliquera uniquement aux ménages qui ont fait installer des panneaux solaires afin de couvrir leur utilisation du réseau.

En effet, ces prosumers (un terme qui est la contraction de producteur et consommateur) produisent de l’électricité (dont l’excédent est injecté sur le réseau) mais ils en consomment également en provenance de ce même réseau (lorsque leurs panneaux n’en produisent pas).

Jean-Luc Crucke (MR), ministre wallon de l’Energie.

Pour être plus précis, ce tarif prosumer couvrira les frais de réseau liés aux kilowattheures prélevés. Il n’y aura par contre pas de tarification pour les kilowattheures injectés (d’où l’intérêt d’augmenter autant que possible sa part d’autoconsommation). Les prosumers auront le choix entre un forfait et un paiement des frais de réseau sur base des kilowattheures réellement prélevés.

Cependant, le gouvernement wallon a décidé que les petites installations photovoltaïques agréées avant le 1er juillet 2019 seront exonérées de ce «tarif prosumer». Selon une estimation de la Cwape (le régulateur wallon du marché de l’électricité), qui conteste la décision du gouvernement wallon, il est question d’une contribution de 334 à 447 euros pour une installation moyenne.

/

Quels sont les changements attendus à Bruxelles ?

La Région bruxelloise est la seule du pays qui délivre encore une prime directe pour ce type d’installation sous forme de «certificats verts» (voir question 3).

Céline Frémault, ministre bruxelloise de l’Energie.

La ministre bruxelloise de l’Environnement, Céline Frémault, a rappelé qu’elle n’avait nullement l’intention de revoir à la baisse ce système, malgré les recommandations de Brugel (le régulateur bruxellois du marché de l’électricité).

En revanche, la Région a déjà annoncé qu’elle supprimerait le système de «compensation» courant 2020 (voir questions 4).

/

Quel est le principe derrière les «certificats verts»?

Lorsqu'un particulier installe des panneaux solaires, il devient producteur d'électricité verte et, à ce titre, il a droit à des certificats verts (CV) qu'il peut revendre sur le marché de l'énergie. Ces certificats ne sont désormais plus octroyés qu'à Bruxelles, pour une période de 10 ans.

Plus un particulier produit d'électricité verte, plus il reçoit de CV. Leur valeur de revente est garantie à 65 euros et le prix de revente peut atteindre en moyenne 80 euros auprès des fournisseurs d'énergie.

/

Quel est le principe du système de compensation?

Lorsque l’électricité produite par les panneaux solaires n’est pas autoconsommée, elle est d’office réinjectée sur le réseau, ce qui permet au compteur de tourner dans le sens inverse.

C’est une forme d’aide indirecte des Régions (wallonne et bruxelloise) appelée «compensation» ou «compteur qui tourne à l’envers.» Cependant, celle-ci disparaîtra en Région Bruxelloise courant 2020.

«Cela signifie qu'à partir de 2020, vous recevrez une facture pour toute l'électricité que vous avez prélevée sur le réseau, quelle que soit la quantité d'électricité que vous aurez injectée dans ce dernier», explique Brugel, le régulateur bruxellois du marché de l’électricité. «Par contre, vous pourrez vendre votre électricité excédentaire. Il se peut toutefois, dans ce cadre, que les prix du marché pour la vente de l'électricité soient inférieurs à son prix d'achat. C'est pourquoi il est d'autant plus important d'utiliser un maximum de l'énergie que vous produisez (autoconsommation).»

Côté wallon, grâce à ce mécanisme de compensation, un prosumer paie actuellement (et jusqu’en 2020) ses kilowattheures et ses frais de réseau sur ces kilowattheures uniquement si, au bout de l’année, il a consommé davantage d’électricité qu’il n’en a produit – et seulement sur la différence entre sa consommation totale et sa production totale.

/

Combien coûte une installation?

D’après les experts de l’APERe (Association pour la promotion des énergies renouvelables), en à peine dix ans, l'investissement à consentir a été quasi divisé par cinq. En effet, le prix d'une installation qui produit annuellement 3.500 kWh, ce qui est largement suffisant pour couvrir les besoins d'un ménage moyen, est passé de 25.000 à 5.000 euros, ou 6.000 euros selon les spécificités de certaines habitations (exemple: difficulté d’accès à la toiture).

«Ces chiffres doivent être soulignés car on constate que dans l'inconscient collectif, les citoyens ont encore en tête les prix affichés lors des premières vagues d'installation», indique Jonathan Leloux, expert en énergie solaire auprès de l’APERe. «Désormais, on est face à des investissements plus légers qui ne sont plus comparables à ceux qu'il est nécessaire de consentir pour changer des châssis ou isoler une façade. Les panneaux solaires sont donc quasiment à portée de toutes les bourses.»

/

Comment la financer?

Si vous ne disposez pas de fonds propres suffisant, la plupart des banques proposent une offre de financement dont le TAEG oscille entre 1,55% et 1,95% pour les travaux de rénovations ou destinés à économiser de l’énergie (comme c’est le cas avec l’installation de panneaux photovoltaïques).

Mieux, il existe des crédits régionaux très bon marché (parfois même gratuits). À Bruxelles, le «Prêt vert» permet ainsi d’accéder à un financement de 0 à 2% (en fonction de vos revenus) pour réaliser des travaux d’amélioration énergétique dans votre habitation.

Côté wallon, la Région a prévu l’«Ecopack», qui fusionnera au printemps avec le «Renopack». La condition pour pouvoir bénéficier d’un taux à 0% pour le financement des travaux de rénovation ou économiseurs d’énergie est de disposer d’un revenu annuel brut par ménage inférieur à 97.700 euros.

Si vous habitez Bruxelles, vous pouvez même profiter du système de tiers investisseur (voir question 7).

/

Qu’est-ce que le principe du tiers-investisseur?

En Région bruxelloise, de plus en plus de sociétés (comme Brussels Energy, Brusol ou HelloSun) pratiquent le modèle du tiers-investisseur. En pratique, elles installent et financent les panneaux et se rémunèrent en captant les CV (voir question 3).

Au bout de 10 années, le client, qui a entre-temps bénéficié de la réduction de sa consommation d'électricité, devient propriétaire des panneaux (moyennant parfois le paiement d’un euro symbolique).

Beaucoup s'interrogent sur l'intérêt d'un tel système. Il faut dire qu'en Wallonie, plusieurs sociétés avaient abusé du concept (lorsque la Région distribuait encore des certificats verts). C'était le client qui souscrivait le crédit. Résultat: quand ces sociétés ont fait faillite, des clients se sont retrouvés sans panneaux, sans subsides et avec un emprunt à rembourser. Rien de tel ici, même s'il faut être attentif aux petits caractères et savoir qu'au bout des 10 ans, il leur faudra remplacer l'onduleur - un poste qui peut vite grimper à 700 euros.

Autrement dit, pour ceux qui disposent du capital nécessaire, il est financièrement plus intéressant de réaliser l'investissement soi-même - on bénéficie ainsi de l'entièreté des CV, en plus de la réduction de sa consommation.

Et même si l'on ne dispose pas de la mise de départ nécessaire, il est possible de recourir au «Prêt vert» bruxellois (voir question 6).

/

Quelle sera la rentabilité de mon installation?

Il existe de nombreux simulateurs qui permettent de calculer la rentabilité d’une installation. Ceux-ci sont disponibles auprès de fournisseurs (Engie ou Lampiris), auprès d’installateurs comme Energreen ou auprès d’associations comme l’APERe.

«Cependant, cela reste compliqué de calculer la rentabilité exacte d’une installation vu le nombre d’inconnues qu’il y a dans les années à venir», explique Jonathan Leloux de l’APERe. D’ailleurs, à partir de 2023, la Belgique devrait progressivement installer (jusqu’en 2030) des compteurs intelligents. «Avec comme conséquence un tarif prosumer pour toutes les installations, sans exception. Ce qui n’empêchera pas les installations photovoltaïques de rester avantageuse pour le budget des ménages.»

Damien Ernst professeur à l'ULiège

Damien Ernst, professeur à l'ULiège et spécialisé dans les systèmes électriques, ajoute que l’installation des compteurs intelligents «finira par mettre aussi fin au système de compensation en Wallonie».

«Pour donner quand même une indication de rentabilité, à l’heure actuelle, on obtient un rendement de 4% en Wallonie», selon les calculs de Jonathan Leloux. Dans le meilleur des cas, le prosumer peut s’attendre à un retour sur investissement sur 7 ans.

Pour Bruxelles, le rendement est supérieur pour ceux qui perçoivent les CV (et qui se passent donc du système du tiers-investisseur). En effet, leur perception permet de réduire le temps de retour sur investissement et de réduire l’impact de la disparition prévue du système de compensation (voir question 4).

En résumé, investir dans des panneaux photovoltaïques est de toute façon devenu un placement rentable sans subside. D’ailleurs, «il faut foncer», selon Damien Ernst qui parle même d’un investissement «extrêmement» rentable.

Il ajoute: «Même si la législation et la taxation changent encore au cours des mois et des années à venir, vous aurez de toute façon un retour rapide sur investissement. Dans le pire des scénarios, il sera de 10 ans sur une installation qui a une durée de vie de 25 à 30 ans. Autrement dit, investir dans les panneaux photovoltaïques, c’est l’assurance d’obtenir de l’électricité à un prix bien plus bas que celui du marché pendant au moins 20 ans

/

Comment augmenter mon autoconsommation?

Pour utiliser l’excédent d'électricité produit durant la journée (et éviter de l’injecter sur le réseau), différentes solutions peuvent être envisagées, dont la production d’eau chaude sanitaire. Pour cela, il faut s'équiper d'un «PV heater». Ce dispositif permet de détecter les surplus de production photovoltaïque et, au lieu d'injecter l'électricité produite sur le réseau, celui-ci déclenche une résistance électrique qui va chauffer une réserve d'eau. D'après une simulation du portail Vaverslesoleil.be, grâce au PV heater, le prosumer peut augmenter son autoproduction (de 40 à 70%).

La batterie domestiques développée par Tesla

Le prosumer peut aussi investir dans une batterie domestique. Selon Damien Ernst, ce type d’installation n'est jamais rentable s’il est associé à un compteur qui tourne à l'envers pendant la production d'électricité (voir question 4). En revanche, dans le cas de l'installation d'un compteur intelligent ou d’un compteur bidirectionnel (couplé à un système de régulation qui favorise l'autoconsommation), le placement d'une batterie domestique pourra commencer à devenir intéressant. «Car il est alors possible d'optimiser sa consommation tout en évitant de devoir contribuer financièrement à l'utilisation du réseau.»

L’expert reste néanmoins sceptique sur la rentabilité à long terme. «On peut déjà anticiper une taxe, directe ou indirecte, sur ces batteries quand leur déploiement deviendra massif. Sans cela, il sera impossible de financer les réseaux de distribution