En clair

L'IPO de Belfius en 6 questions

Par Emmanuel Vanbrussel

Alors que chez Belfius, on bosse depuis des mois pour peaufiner les détails de l’entrée en Bourse, au niveau politique, ça bloque. En cause, le dossier Arco et le remboursement des coopérateurs asséchés par la déroute de Dexia. Explications.

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Les questions

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Belfius, Dexia, Arco. Où en est-on?

En 2012, Dexia devient Belfius.

La crise financière qui a éclaté en automne 2008, déclenchée par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, a provoqué le naufrage de Dexia. Les autorités belges et françaises ont dû sauver le groupe – un colosse dont le bilan atteignait 600 milliards d’euros – à deux reprises: en 2008 et en 2011.

Lors de la seconde opération de sauvetage, le gouvernement fédéral a sorti le pôle bancaire belge – devenu Dexia Banque – du périmètre du groupe en déroute. Cette opération s’est faite par le biais d’une nationalisation. Coût: 4 milliards d’euros.

Un an plus tard, Dexia Banque a pris le nom de Belfius, pour se défaire de l’image négative qui collait à Dexia.

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Quel est le montant des pertes pour Arco?

En tant qu’actionnaire important, Arco a été entraîné dans la chute de Dexia. Quatre sociétés coopératives de l’empire déchu d’Arco furent mises en liquidation le 8 décembre 2011, les principales étant Arcopar et Arcofin.

La valeur des actions Dexia s’étant totalement écroulée, Arco s’est retrouvée face à une perte financière de 1,5 milliard d’euros. Concrètement, cela signifie que les près de 800.000 coopérateurs d’Arco ont vu leur investissement partir en fumée.

Les coopérateurs d'Arco continuent à se battre pour récupérer ce qu'ils ont perdu dans la déroute de Dexia.

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Quelles sont les discussions autour des coopérateurs d’Arco?

Au moment du naufrage de Dexia en 2008, le gouvernement Leterme a promis une garantie aux coopérateurs d’Arco. Vu que leur investissement se montait en moyenne à 2.000 euros par investisseur, le montant de cette indemnisation pouvait donc coûter à l’Etat belge – c’est-à dire aux contribuables – plus ou moins 1,5 milliard d’euros.

Le lendemain du second sauvetage en 2011, cette promesse a été coulée dans un Arrêté Royal, qui attribuait officiellement à Arco la même garantie d’Etat que celle accordée aux comptes d’épargne.

La question était de savoir si l’on pouvait assimiler un investissement dans une coopérative financière à un compte d’épargne. La Cour Européenne de Justice a estimé en 2016 que ce n’était pas le cas. Les coopérateurs d’Arco ne sont pas des épargnants, mais des investisseurs, a conclu la Cour. Résultat: le gouvernement ne pouvait pas indemniser les coopérateurs.

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Quel est le contenu de l’accord de gouvernement à propos d’Arco?

En octobre 2014, le gouvernement Michel s’est engagé, dans l’accord de gouvernement, à chercher une solution pour les coopérateurs d’Arco. A la demande du CD&V, dont Beweging.net est une des ailes, on a cherché une «solution créative qui n’affecterait pas les contribuables belges».

En marge de l’accord de gouvernement, le chiffre de 600 millions d’euros a circulé, ce qui représente 40% de la perte estimée de 1,5 milliard d’euros. Malgré plusieurs remontrances de l’Europe, le gouvernement s’en est toujours tenu à ses intentions.

Le nouvel accord de principe de juillet 2018 prévoit l'introduction en Bourse de 30% de Belfius. Un fonds pour indemniser les coopérateurs d'Arco va également être mis en place, avec un montant maximum de 550 millions d'euros, via la Société fédérale de participation et d'investissement (SFPI). Belfius, de son côté, fait un geste commercial de 50 millions d'euros minimum.

Le gouvernement a donné comme mission au management de Belfius de préparer l'IPO, il a aussi donné un mandat pour, avant l'IPO, structurer le paiement des indemnités concernant le dossier Arco.

Extrait de l'accord de principe

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Pourquoi Belfius souhaite-t-elle être cotée en Bourse?

Le management de la banque évite soigneusement l’appellation «banque d’Etat», préférant qualifier Belfius de «banque aux mains de l’Etat». Par ce choix sémantique, Belfius souhaite insister sur son statut de banque commerciale ayant dû être nationalisée suite à un coup du destin.

Depuis lors, Belfius s’est refait une santé et les 4 milliards d’euros injectés par l’Etat lors du sauvetage sont devenus 9,5 milliards d’euros de fonds propres.

Les patrons de Belfius et le gouvernement ne souhaitent pas vendre la banque à un groupe étranger. Une introduction en Bourse est donc considérée comme le meilleur chemin vers un actionnariat privé, où l’Etat – comme c’est le cas avec Proximus et bpost – conserverait la majorité.

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Pourquoi l’indemnisation des coopérateurs d’Arco est-elle liée à l’IPO de Belfius?

Pour des raisons politiques. Belfius maintenait jusqu'ici qu’il lui est parfaitement possible d’entrer en Bourse sans un accord concernant le dossier Arco. Aujourd'hui, la banque semble vouloir faire avancer les choses. Le CD&V a, lui, toujours indiqué qu’il ne donnerait son feu vert que s’il obtenait des garanties en faveur des coopérateurs.

Les bailleurs de fonds potentiels sont l’Etat belge, Belfius et Beweging.net. Belfius affirme qu'elle a 400 millions d'euros disponibles, versés sous forme de dividendes exceptionnels à l’Etat; un montant ajouté à la centaine de millions d'euros issue de la liquidation d'Arco. De quoi alimenter l'enveloppe de 600 millions d’euros que le gouvernement fédéral tente de faire valider actuellement par la Commission européenne, au titre de compensation pour les pertes subies par les nombreux coopérateurs qui ont investi dans Arco.

Au final, la question demeure: cette nouvelle solution obtiendra-t-elle l'aval de l'Europe?

Kris Peeters est très clair: sans résolution du dossier Arco, validé par les instances européennes, il n’y aura pas d’entrée en Bourse de Belfius.