La malédiction du textile cambodgien

Intimidation, heures supplémentaires forcées, bas salaires et pauvreté chronique. C’est le quotidien des travailleurs du textile cambodgien, qui ont peut être fabriqué la chemise que vous venez d’acheter en solde. Pendant plusieurs mois, nous avons visité de nombreux ateliers de confection au Cambodge.

Par Ate Hoekstra et Kristof Vadino

Programmation: Raphael Cockx

Une fenêtre est ouverte dans un bâtiment anonyme, situé dans la banlieue de Phnom Penh. Le militant syndical Sot Chet, qui nous a accompagnés ici, jette un coup d’œil à l’intérieur. Il y a fait sombre, l’espace est à peine ventilé et le lieu est tellement crasseux que nous avons l’impression que la poussière et la saleté nous collent à la peau. Une femme équipée d’une bavette nous regarde, tandis que son collègue continue à travailler. «Comment ça va là-dedans?» demande Sot Chet aux deux personnes. «Il ne fait pas trop chaud? Vous arrivez à travailler dans toute cette crasse?» Aucun d’eux ne réagit. Des semelles de chaussures sont entassées devant la fenêtre. Elles portent une marque américaine: Skechers. Ces chaussures sont distribuées partout dans le monde, via plusieurs centaines de magasins.

Quelques rues plus loin, nous découvrons d’autres baraquements. Les portes sont grandes, et aucun nom d’entreprise n’est visible. Dans un de ces bâtiments, les femmes sont occupées à teindre et à couper des vêtements pour enfants: des T-shirt bleus, avec des impressions en couleurs. Il y plane une odeur de colle et de peinture, et même s’il n’est que 10 heures du matin, il fait très chaud dans l’atelier. Les fenêtres sont remplies de toiles d’araignées, et sous les tables, la poussière s’accumule. Les femmes ont l’air inquiet. «C’est surtout l’après-midi qu’il fait terriblement chaud», explique l’une d’entre elles.

Ces ateliers travaillent comme sous-traitants. Ils n’existent pas officiellement, mais produisent des parties de vêtements pour une grande usine du Cambodge qui exporte les produits finis. L’organisation patronale cambodgienne GMAC nie l’existence de cette économie sous-terraine, mais notre périple à travers le pays nous permettra de visiter des dizaines d’ateliers de ce type. Les experts en droit du travail estiment que ces entreprises se comptent par centaines. Elles vont d’une seule personne dans une petite pièce, à plus d’une centaine de travailleurs dans un hangar.

Travailleurs

Dans un atelier clandestin, un travailleur fabrique des semelles de chaussures pour la marque Skechers.

Travailleurs

Cet atelier chinois fabrique des casquettes. Aucun nom ou logo n’est inscrit sur la porte d’entrée.

Travailleurs

Aucun nom n’est inscrit sur la porte. C’est le cas de tous les sous-traitants. Ils sont en réalité clandestins, car ils ne sont pas enregistrés comme entreprises.

Travailleurs

L’impression de T-shirts est encore réalisée via la technique de sérigraphie. Toute la salle est envahie par l’odeur de peinture.

Travailleurs

Dans l'atelier qui travaille pour Skechers. Cette photo a été prise à travers une fenêtre car les propriétaires de l’atelier nous ont refusé l’accès.

Travailleurs

Le manager de ce sous-traitant nous a laissés entrer parce que son patron était absent. Lorsque le patron revient, il nous demande de déguerpir.

Ces sous-traitants font partie de l’industrie cambodgienne du textile. Avec plus de 600 entreprises enregistrées, 700.000 travailleurs et des exportations représentant 5,7 milliards de dollars (80% des exportations totales du pays), l’industrie textile cambodgienne est le plus important employeur informel. Via des marques telles que C&A, H&M, Adidas, Gap, Levi Strauss et Skechers (cf. ci-dessus), les vêtements et les chaussures fabriqués au Cambodge se retrouvent massivement dans les magasins européens et américains.

Pour ces travailleurs, l’usine revêt une importance vitale. C’est ce que nous entendons au cours de nos dizaines d’interviews avec les travailleurs. La plupart ont dû quitter l’école très jeunes, et travaillent pour nourrir leur famille restée à la campagne. L’industrie ne compte plus les dérives. Le personnel des sous-traitants illégaux travaille souvent dans des usines insalubres et sans aucune protection de la loi sur le travail. Les ateliers officiels présentent aussi de nombreux problèmes. Les travailleurs sont forcés de prester des heures supplémentaires, s’évanouissent sur leur lieu de travail, et ne gagnent pas suffisamment pour se nourrir correctement. D’après l’organisation internationale du travail, 43,2% des travailleurs souffrent d’anémie, et 15,7% sont en sous-poids.

Vie quotidienne

A l’entrée d’une usine textile dans la rue Veng Sreng, une ouvrière attend à côté du chariot d’un revendeur de nourriture.

Vie quotidienne

Pendant la saison des pluies, de nombreuses saletés flottent sur les flaques d’eau, à cause de la proximité de la zone de Prek Tea, un quartier qui abrite de nombreuses usines textiles.

Vie quotidienne

Le père de cette famille ne trouve pas de travail. Leur maison est faite de quelques misérables planches et d’un toit en tôle ondulée.

Vie quotidienne

Un travailleur du textile conduit le cercueil de sa défunte mère vers le chariot qui la ramènera dans son village natal.

Vie quotidienne

Les travailleurs du textile rentrent chez eux dans des petits véhicules bondés, après une journée de travail. C’est le moyen de transport le plus dangereux au Cambodge.

Vie quotidienne

Cette femme travaille comme journalière dans un champ de riz, entre les usines.

Vie quotidienne

L’électricité vient d’être coupée, ce qui arrive souvent dans les quartiers pauvres.

Vie quotidienne

Un mariage entre travailleurs du textile. De nombreux ouvriers espèrent rentrer chez eux aussi vite que possible pour ouvrir un petit commerce avec l’argent économisé.

Vie quotidienne

Dans le quartier «The Brick Warehouse», les rats se promènent dans les ruelles. Les ouvriers cuisinent, se lavent et sèchent leurs vêtements dans ces ruelles.

Vie quotidienne

Dans une chambre louée de quatre mètres sur cinq, une ouvrière du textile est en train de sécher ses cheveux, qu’elle a lavés dans la ruelle.

Vie quotidienne

Le quartier «The Brick Warehouse» abrite presqu’exclusivement des travailleurs du textile. Ils rentrent du travail à la tombée de la nuit.

Vie quotidienne

De nombreux travailleurs du textile restent étonnamment joyeux, malgré leurs conditions de vie difficiles. Cette famille de quatre personnes doit se contenter d’une unique petite pièce.

Vie quotidienne

L’atmosphère dans la chambre est moite et chaude. Deux jeunes couples se partagent l’espace. En tant que travailleurs journaliers, ils n’ont pas toujours assez de travail pour joindre les deux bouts.

Licenciés parce qu’ils sont syndiqués

Dans la région voisine de la frontière vietnamienne – la province Svay Rieng – on en sait quelque-chose. Lim Phally a travaillé pour la société Eastern Industrial Interprise, une usine qui travaille notamment pour C&A et Charles Vögele. «A cause de toutes ces heures supplémentaires, de nombreux collègues sont faibles et surmenés», nous explique Phally au cours d’une visite de la capitale provinciale Bavet. «Je pense que quelqu’un perd connaissance quasiment un jour sur deux. Lorsque cela vous arrive, vous pouvez vous reposer un peu, mais vous devez vite vous remettre au travail.»

En janvier, Phally et quelques autres collègues ont été licenciées avec effet immédiat. Elles voulaient s’inscrire auprès du Collection Union of Movement of Workers, un syndicat indépendant, pour lutter contre les mauvaises conditions de travail dans l’usine. «Je venais tout juste de signer un nouveau contrat, mais j’ai été licenciée du jour au lendemain. La seule chose que je voulais, c’était défendre mes droits.»

Sa collègue Song Oudom renchérit: «Pendant trois ans et demi, j’ai dû me contenter à chaque fois d’un contrat de trois mois. C’est comme ça qu’ils vous mettent la pression. Nous devions parfois travailler jusqu’à minuit, alors que la journée de travail se termine officiellement à 16h30. Lorsque je suis devenue membre du syndicat, le manager est venu me trouver. ‘Nous ne voulons pas de représentants de ce syndicat dans notre usine. Vous êtes licenciée’, m’a-t-il dit».

Licenciés

Sam Nakry (33 ans) a été licenciée le jour où elle s’est syndiquée. «Parfois, ma famille et moi n’avons plus rien à manger», explique-t-elle.

Licenciés

Des travailleurs du textile prennent leur pause de midi dans la zone fermée de l’usine, à proximité de la frontière vietnamienne.

Licenciés

Les portes d’entrée des usines sont gardées par des agents de sécurité.

Licenciés

Chea Oudom (23 ans) est le leader local du syndicat Collective Union of Movement of Workers. Depuis le 7 janvier 2014, Chea a été arrêté à trois reprises.

Licenciés

Les travailleurs sortent des usines pour rentrer chez eux.

Licenciés

Sam Nakry décore sa véranda avec une vieille machine à coudre et des photos de belles robes.

Licenciés

A Bavet, à cause de son éloignement, le taux de chômage est encore plus élevé que dans la capitale.

Eastern a entretemps réembauché plusieurs travailleurs licenciés, mais un rapport de Human Rights Watch démontre que les contrats à court terme sont monnaie courante au Cambodge, même si les employés travaillent pendant des années pour le même patron. Cela permet aux usines de se défaire facilement des employées, lorsque par exemple elles sont enceintes ou qu’elles protestent. Les contrats à court terme créent une atmosphère de crainte. Les travailleurs ont peur de perdre leur travail s’ils critiquent ou s’ils refusent de faire des heures supplémentaires.

Les experts juridiques estiment que la loi cambodgienne sur le travail est suffisante pour prévenir de tels abus. «Si l’on faisait respecter la législation sur le travail, les choses iraient déjà beaucoup mieux», explique Chhorn Sokha, spécialiste en droit du travail chez Community Legal Education Center, une association qui défend les travailleurs du textile. «Les usines transgressent volontairement la loi. Il est plus simple pour eux ‘d’acheter’ un inspecteur que de respecter la législation. Ils utilisent la loi uniquement en tant que moyen de pression contre les travailleurs. Par exemple, en déclarant une grève illégale parce que la procédure n’a pas été suivie.»

Nous rencontrons Din Bopha à l’entrée de la Meroson Factory, à la limite de Phnom Penh, un vendredi matin caniculaire. Elle fulmine. Trois jours auparavant, elle a arrêté le travail avec ses collègues et elle n’a pas l’intention de mettre fin à la grève.

En se forçant pour ne pas pleurer, la couturière nous raconte ce qui la met en colère. «Les managers n’ont aucun respect pour nous. Ils ne paient pas les bonus réglementaires, nous licencient sans raison, nous obligent à travailler tous les jours deux heures de plus, et si vous restez trop longtemps aux toilettes, ils vous réprimandent:’ Avais-tu besoin de tout ce temps? Il faut travailler ! ‘ disent-ils alors.»

Protestmars tijdens Human Rights Day 2015, Phnom Penh.

Marche de protestation organisée à Phnom Pen à l’occasion du «Human Rights Day 2015».

En 2014, on a cru que les choses allaient s’améliorer dans l’industrie cambodgienne du textile. Après une grève générale qui s’est terminée dans un bain de sang, avec au moins cinq morts, les organisations de défense des droits de l’homme et les marques de vêtements ont exigé du changement. Les représentants de notamment H&M, Puma et Gap, ont rencontré le Vice-Premier Ministre et le Ministre du Commerce du pays, qui se sont engagés à prendre des mesures. Un an plus tard, presque rien n’a changé.

Réactions des marques

Plusieurs marques ont réagi en indiquant qu’elles soutenaient les négociations visant à améliorer les salaires et les conditions de travail.

Gap: «Nous nous préoccupons des femmes et des hommes qui produisent nos vêtements. Nous avons régulièrement insisté pour qu’un dialogue soit amorcé pour discuter des problèmes de rémunération des travailleurs.»

H&M: «Tout le monde est d’accord pour dire que chaque travailleur du secteur textile devrait gagner suffisamment pour mener une vie digne. L’augmentation des salaires est une responsabilité partagée et exige la collaboration de toutes les parties prenantes.»

Puma: «Nous contrôlons régulièrement nos fournisseurs pour vérifier si nos exigences sont respectées en matière de conditions de travail. Toute violation de la loi sur le travail est reprise dans nos rapports. Le cas échéant, nous exigeons que l’atelier corrige la situation dans les délais fixés.»

C&A: «C&A considère qu’il est prioritaire que les conditions de travail au Cambodge soient honnêtes et sûres. C&A continue à collaborer activement avec l’Organisation Internationale du Travail pour contrôler les ateliers et s’assurer que toutes les parties enregistrent des avancées.»

«Je crois que les marques sont manipulées», explique Mu Sochua, parlementaire du parti d’opposition cambodgien – Cambodian National Rescue Party – et militante connue des droits de l’homme. Selon elle, la situation doit être mise sur le compte du gouvernement, qui ne s’intéresse pas aux ouvriers. «Le gouvernement les considère comme faisant partie de l’opposition, mais ces personnes n’ont pas d’autre choix que de travailler dans ces usines. Le ministre a fait des promesses aux marques. Maintenant que rien ne sort de ces promesses, les marques devraient l’interpeler.»

Grâce aux pressions internationales, le salaire minimum est passé de 100 à 128 dollars américains par mois, une hausse qui a été très bien accueillie. Mais au même moment, les loyers, le prix de l’électricité et de la nourriture ont augmenté dans de nombreux endroits. Les usines ont aussi réduit les heures supplémentaires, ce qui a provoqué une baisse des salaires, et les travailleurs se plaignent de ne voir aucune amélioration.

C’est aussi le cas de Bun Makara (30 ans). Son salaire de base est de 135 dollars par mois. Elle envoie 50 dollars à sa famille, il lui faut 30 dollars pour payer son loyer, son eau et son électricité. Il ne lui reste donc pas grand-chose. «Si je ne fais pas des heures supplémentaires tous les jours, je ne gagne pas assez pour vivre», explique-t-elle. «C’est pourquoi l’an dernier nous avons manifesté pour obtenir une hausse de l’indemnité pour le repas de midi. Aujourd’hui, nous recevons 50 cents. Cela permet tout juste d’acheter une pomme !»

Les entreprises textiles déclarent être en faveur de l’amélioration des conditions de travail, et se fier à Better Factories Cambodia (BFC), un programme de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui a accès à des centaines d’usines et mène des inspections. Le pouvoir de BFV reste malgré tout limité. En cas de poursuite, BFC dépend en réalité des inspecteurs du ministère cambodgien du Travail, qui d’après plusieurs sources, seraient corrompus. Résultat: lors des contrôles, la plupart n’iraient pas plus loin que le bureau du directeur de l’usine.

Sur un terrain industriel, Vom Chamry regarde sombrement devant elle. «Je préférerais arrêter et retourner à la campagne», explique la couturière. «Mais là, il n’y a pas de travail, alors je suis obligée de rester.»

Pav Sina

Pav Sina est le président du syndicat CUMW

En tant que président du syndicat Collective Union of Movement of Workers (CUMW), Pav Sina se bat corps et âme pour défendre les intérêts des travailleurs du textile au Cambodge. Une lutte parfois impitoyable

Est-ce difficile de travailler au Cambodge en tant que syndicat indépendant?

«On nous met souvent des bâtons dans les roues. Nos membres sont victimes de discrimination et licenciés, et après la grève de janvier 2014, le tribunal a limité la liberté de mouvement de plusieurs leaders syndicaux. Je n’ai plus le droit de diriger des manifestations et de rencontrer des travailleurs. Et je dois me présenter tous les mois à la police.»

Est-ce que vous respectez ces interdictions?

«Je participe encore à presque toutes les manifestations. Lorsque j’ai dirigé il y a peu une marche de protestation, la police m’a téléphoné pour savoir ce que je faisais. Je leur ai répondu que j’avais le droit de parler, de me promener, et de faire mon travail.»

Le Cambodge a une longue histoire de violences contre les syndicalistes. Est-ce que cela vous préoccupe?

«J’en tiens compte en toutes circonstances. Détentions, fusillades et exécutions ne sont pas un phénomène nouveau au Cambodge. En 2013, j’ai souvent été menacé, mais cela ne m’a pas arrêté. Je suis prêt à tout pour améliorer la situation des travailleurs.»

Le salaire mensuel minimum a été fixé à 128 dollars. Est-ce suffisant?

«Cela ne correspond pas à notre demande. Je trouve que le minimum devrait être de 150 dollars. Mais les usines et les autorités ne pensent pas aux intérêts des travailleurs.»

Pendant les manifestations, vos membres brandissent des banderoles avec le message «H&M affame les travailleurs». Pourquoi?

«Ce sont les marques qui passent commandent, et ce sont elles qui gagnent le plus d’argent. Je ne veux plus entendre dire qu’elles veulent de meilleures conditions de travail, je veux des faits. C’est à elles de faire en sorte que les usines améliorent les conditions de travail.»

Annelyse Helmy

Annelyse Helmy fabrique des robes de mariées de manière responsable au Cambodge

Mais Anne Noelle montre qu’il est possible d’améliorer les choses. Annelyse Helmy n’y va pas par quatre chemins. «Ce que nous fabriquons n’est pas bon marché», explique la propriétaire d’Anne Noelle, implantée à Phnom Penh. «Mais nos vêtements sont de qualité supérieure, ils sont uniques et sont fabriqués de manière responsable.»

Il y a trois ans et demi, Helmy a décidé de se différencier des grandes usines. Cette Australienne a démarré une petite entreprise spécialisée dans la fabrication de robes de mariées, de robes de soirée et de vêtements équitables pour des boutiques de mode. Uniquement fabriqués de manière durable et dans le respect des couturières.

Son personnel travaille rarement plus de 40 heures par semaine, bénéficie de 47 jours de congé par an, et le salaire de base commence à 150 dollars par mois, bonus compris. «Pour moi, il est important, en tant qu’entreprise, d’offrir de bonnes conditions de travail», raconte Helmy. «Cela signifie stabilité, possibilités de formation, propreté des lieux, un bon salaire et un chef qui vous traite avec respect.»

Une ouvrière d'Anne Noelle en robe de mariée

Helmy a travaillé de longues années dans l’industrie de la mode en Australie. Cela l’a menée à une relation amour/haine avec son métier. «J’aime beaucoup le design et la créativité, mais en même temps, je vois à quel point cette industrie est destructrice pour les travailleurs et l’environnement. Vous ne pouvez pas fabriquer une chemise pour 5 dollars sans qu’il y ait quelque part quelqu’un qui paie la note. Les consommateurs devraient plaider pour que les choses s’améliorent. Ils achètent les produits, ils ont donc le pouvoir de faire changer les choses.»

Sinong Hourt travaille depuis deux ans chez Anne Noelle. Auparavant, elle travaillait dans une usine, derrière une machine à coudre. «Aujourd’hui, je gagne le double par rapport à mon ancien travail, et je dois travailler moins», raconte-t-elle avec un large sourire. «Le travail ici est plus difficile, mais il n’y a pas d’heures supplémentaires, j’ai plus de liberté, et s’il m’arrive de ne pas réussir à terminer mon travail à temps, mon patron ne se fâche pas immédiatement.»

À propos de ce reportage

Pour ce reportage, le photographe Kristof Vadino et le journaliste Ate Hoekstra ont rencontré – entre décembre 2014 et mai 2015 – des dizaines de personnes qui travaillent au Cambodge dans l’industrie textile. Un projet qui exige du temps et beaucoup d’efforts, mais grâce à l’aide des journalistes locaux, de traducteurs et d’activistes, nous avons pu rencontrer des leaders syndicaux, des avocats spécialisés en droits de l’homme, des politiciens, des militants, des représentants de l’organisation des employeurs GMAC, des analystes économiques, l’OIT, des hommes d’affaires, des chauffeurs de poids-lourds, et des représentants de différentes marques de vêtements.

Dans la région de Phnom Penh – où se concentre la majeure partie des acteurs de l’industrie textile – nous avons notamment visité des dizaines d’ateliers, et nous avons été plusieurs fois témoins de grèves et de manifestations. De nombreux travailleurs n’ont pas eu peur de nous parler de leur vécu, mais les propriétaires des usines, les agents de sécurité et les autorités nous ont régulièrement mis des bâtons dans les roues et ont essayé de faire obstacle à notre travail à plusieurs reprises.

Contrairement à ce qui avait été convenu au préalable, le Ministère cambodgien de Travail a préféré ne faire aucun commentaire.

Vous voulez en savoir davantage?

Nous vous recommandons les ouvrages suivants:

- Human Rights Watch: ‘Work faster or get out’.

- ILO / Better Factories Cambodia. High levels of anemia, food insecurity among Cambodian garment workers.

- Clean Clothes Campaign: Living wage in Asia.

- Labour Behind The Label / Community Legal Education Center: Shop ‘til they drop.

Pour des raisons de sécurité, les noms de certains travailleurs ont été modifiés. Ce reportage a pu être réalisé grâce au soutien du Fonds Pascal Decroos voor Bijzondere Journalistiek (Fonds Pascal Decroos pour le journalisme d’investigation).