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Que financent vos impôts?

Après les exécutifs régionaux, c'est au tour du gouvernement fédéral de s'investir à fond dans la confection du budget de l'an prochain. Mais que financent vos impôts précisément? Notre rédaction s'est plongée dans les chiffres de la Banque nationale (BNB) pour constater que notre pays dépense beaucoup pour l'enseignement, les subsides salariaux et l'appareil administratif.

Par Dieter Dujardin, Thomas Segers, Raphael Cockx et Thomas Roelens 7 octobre 2021

Les tableaux détaillés de 2019 nous permettent d'identifier les principaux postes de dépenses. La crise du coronavirus a coûté à l'État, au cours des deux ans écoulés, près de 35 milliards d'euros, mais la BNB ne dispose pas encore de chiffres détaillés pour 2020 et 2021. Cela n'en rend pas cet exercice moins pertinent: les dépenses publiques belges sont structurellement élevées depuis de nombreuses années.

Total

247 milliards

En 2019, les différents pouvoirs publics du pays ont dépensé au total quelque 247 milliards d'euros. Par rapport au Produit intérieur brut (PIB), la Belgique est, au sein de l'Europe, le pays affichant les dépenses publiques les plus élevées, après la France et la Finlande.

La BNB définit 10 grandes catégories de dépenses publiques selon les secteurs institutionnels.

Cette répartition fait d'emblée ressortir les dépenses de sécurité sociale. Pour 100 euros d'impôts, pas moins de 35 euros servent à payer les pensions et les allocations sociales.

Les pensions constituent le poste de dépenses le plus élevé de notre pays, avec près de 45 milliards d'euros, soit un cinquième de l'ensemble des dépenses publiques.

Viennent encore s'y ajouter 7,5 milliards d'euros pour les pensions de survie et les catégories connexes.

Par rapport aux pensions, le budget des allocations de chômage (6,3 milliards d'euros) est relativement limité. Lors de la confection du budget fédéral, la réduction du groupe des malades de longue durée constituera le défi majeur.

Après la protection sociale, les soins de santé constituent le principal poste de coûts.

En 2019, l'État a dépensé plus de 36 milliards d'euros, entre autres, pour les hôpitaux, les soins ambulatoires ainsi que les produits et appareils médicaux. L'augmentation des coûts de la santé est fortement liée au vieillissement de la population.

Par rapport à ses voisins, la Belgique dépense relativement plus pour les soins de santé en polycliniques et hôpitaux et moins pour les recherches et produits médicaux. La combinaison d'une médecine de prestations et du sous-financement des hôpitaux est regardée d'un œil critique depuis des années parce qu'elle favorise la surconsommation médicale.

Les dépenses pour la sécurité sociale et les soins de santé, pris ensemble, constituent plus de la moitié du total.

Avec 31 milliards d'euros de dépenses, la politique économique est également un poste très onéreux. Les types de dépenses que l'on peut classer dans cette catégorie sont en réalité très divers: cela va des subsides salariaux aux titres-services, en passant par les dépenses pour les transports publics et la mobilité.

Il n'en reste pas moins que la comparaison internationale opérée par la BNB révèle que la politique économique est également très onéreuse par rapport à nos pays voisins. Cet écart s'explique entièrement par les "péchés originels".

En Belgique, ce sont en particulier les subsides salariaux qui sont élevés. Ils ont connu une forte croissance au cours des 20 dernières années et ont souvent été introduits pour compenser des coûts de main-d'œuvre élevés. La Banque nationale qualifie ces subsides d'improductifs et recommande au gouvernement de réformer les impôts.

Ainsi, l'urbanisation effectuée par développement linéaire (le long de la voirie) implique un morcellement des réseaux de transport public avec, à la clé, des coûts plus élevés.

Enfin, les pouvoirs publics en tant que tels sont, eux-mêmes, un poste important de dépenses. Pas moins de 10 milliards d'euros sont consacrés aux administrations au sens large: les ambassades, les nombreux parlements, les gouvernements et les cabinets, ainsi que la maison royale.

Pour chacune des 10 catégories principales, nous pouvons également analyser l'évolution historique. Les montants, qui ont été corrigés de l'inflation, indiquent clairement les départements publics dont le financement a été amputé au fil des ans et les types de dépenses qui ont explosé.

Dépenses publiques en milliards d'euros

Source: Banque nationale

Les dépenses publiques sont élevées depuis des lustres. Ainsi, depuis 2001, elles ont progressé d'un tiers, passant de 184,5 milliards à 245 milliards d'euros.

Elles représentent pas moins de 52% du PIB. L'écart par rapport aux pays voisins a ainsi plus que doublé: de 2,1 points de pourcentage en moyenne en 2001, ce différentiel a grimpé à 4,5 points de pourcentage en 2019.

La progression a été la plus forte entre 2007 et 2009, à la suite de la crise économique et financière. Alors que des pays comme les Pays-Bas et l'Allemagne ont réussi ensuite à ramener le niveau relatif des dépenses publiques à celui d'avant la crise, la Belgique n'y est parvenue que partiellement.

L'examen des évolutions historiques met à nouveau en lumière les dépenses de protection sociale. Elles ont fortement progressé au cours des deux décennies écoulées. En 2001, les dépenses de sécurité sociale étaient encore inférieures à celles des pays voisins.

Depuis lors, ces dépenses ont augmenté de près de la moitié, principalement en raison d'une hausse des allocations maladie-invalidité et des charges de pension.

Les réformes successives du système des pensions n'ont pu que tempérer légèrement la croissance des dépenses. L'augmentation de la pension minimum à 1.500 euros déplace le sommet du coût du vieillissement de 2040 à 2050. En décembre, le gouvernement fédéral se penchera sur les plans de réforme de la ministre des Pensions, Karine Lalieux (PS).

Dépenses publiques en milliards d'euros

Source: Banque nationale

Avec pas moins de 29 milliards d'euros de dépenses, l'enseignement est un poste de charges très important dans ce pays fédéralisé.

Les dépenses pour l'enseignement primaire, secondaire et supérieur ont également augmenté de près de 40% depuis 2001.

Par élève, la Belgique dépense plus d'argent que ses pays voisins et que la moyenne de la zone euro.

Cela peut s'expliquer par des classes plus petites, mais les chercheurs de la BNB suggèrent également une autre raison: la subdivision en groupes linguistiques et en pouvoirs organisateurs. En tout cas, les budgets plus élevés ne produisent pas de meilleurs résultats: la qualité de l'enseignement diminue depuis plusieurs années.

Dépenses publiques en milliards d'euros

Source: Banque nationale

La Défense est, depuis de nombreuses années, une des victimes désignées lorsqu'il s'agit de décider des mesures d'économie lors des conclaves budgétaires. À présent, la limite semble cependant avoir été atteinte.

Depuis 2001, les dépenses ont diminué de 16%. Dans le même temps, les effectifs dans l'armée belge ont chuté à 25.000, alors qu'ils étaient encore au nombre de 42.000 en 2007.

Sous le gouvernement Michel, un grand plan d'investissements a été approuvé. Et l'armée s'emploie actuellement à recruter en masse pour servir ses nouveaux avions, drones, navires, armements et véhicules. La Belgique se fait d'ailleurs taper sur les doigts par l'Otan depuis de nombreuses années parce qu'elle consacre trop peu de moyens à la défense.

Dépenses publiques en milliards d'euros

Source: Banque nationale

Quelque 33 milliards d'euros des dépenses publiques sont alloués à l'administration générale. En 2001, ce montant était encore supérieur à 40 milliards.

Cette baisse spectaculaire se retrouve dans le budget de l'administration générale. Elle s'explique entièrement par la chute des charges d'intérêts que les pouvoirs publics paient sur leurs dettes.

Actuellement, quelque 10 milliards d'euros sont payés en charges d'intérêts sur la dette publique, ce qui représente un montant supérieur à l'ensemble des dépenses pour la police, les pompiers, la justice, les prisons et l'accueil des demandeurs d'asile. Mesurées en pourcentage du PIB, les charges d'intérêts belges sont le double de celles de l'Allemagne. Mais l'extrême faiblesse des taux d'intérêt a permis à la Belgique de voir le service de sa dette diminuer spectaculairement ces vingt dernières années.

La baisse des charges d'intérêt ne compense pas l'augmentation des dépenses publiques. Structurellement, le gouvernement dépense donc déjà beaucoup d'argent. En outre, la crise du coronavirus a accentué le déraillement des dépenses publiques au cours des deux dernières années, avec des milliards de dépenses supplémentaires en mesures de soutien et beaucoup moins de recettes fiscales. Pour 2022, le comité fédéral de monitoring estime le déficit de l'ensemble des gouvernements à 21,3 milliards.

Le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) est à la recherche de quelque 800 millions cette semaine pour ramener ce déficit autour de 20 milliards. Mais cette recherche s'annonce difficile: les socialistes et les verts veulent investir plutôt qu'économiser et presque tous les partis demandent au gouvernement de compenser la hausse des prix de l'énergie pour les familles.