Ces chercheurs vont peut-être vous sauver la vie

Cancer, Alzheimer, diabète… On n’a jamais été aussi près de découvrir les remèdes aux 10 maladies du siècle. Et nos chercheurs sont au cœur de trouvailles révolutionnaires. Nous les avons rencontrés.

Par la rédaction de L'Echo

Programmation : Raphael Cockx - Edition : Antonin Marsac et Nicolas Becquet

"Je peux vous dire que la recherche que nous avons en Belgique n’a à rougir de personne." L’auteur de ces propos, c’est Christian Homsy, patron de Celyad (ex-Cardio3 BioSciences), spécialiste de la thérapie cellulaire pour le cœur et le cancer. L’une de nos fiertés nationales, parmi ce qui se fait de mieux dans le domaine de la santé en Belgique. L’homme arpente la planète, dévore le marché américain, lorgne ses investisseurs. La comparaison avec les Etats-Unis est féroce, et pourtant, malgré tout, la Belgique est et reste "de très haute qualité".

Cet article et les exemples qu'il contient en sont les meilleures preuves. Derrière le paravent des Cardio3, IBA, Mithra,…, un terroir continue à se développer. De jeunes espoirs belges émergent. Et ils écrivent une nouvelle et passionnante histoire de la santé. OncoDNA, à Gosselies, est capable de fournir le diagnostic et le traitement personnalisé d’un cancer sur simple présentation d’une biopsie du patient. Novadip génère des greffes osseuses au départ d’une ponction dans la graisse abdominale. Le Professeur Pierre Vanderhaeghen crée un cortex cérébral "en boîte" et lance un nouveau courant de recherche dans les zones obscures du cerveau.

Tous les exemples présentés ici, et bien d’autres encore, montrent combien nos chercheurs excellent dans leur combat contre les maladies de notre siècle.

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Les dix maladies du siècle

De la séduction

Le territoire biotech

Mediafin

Une thérapie ciblée sur le profil de la tumeur

Jean-Pol Detiffe

Jean-Pol Detiffe, CEO OncoDNA - ©Debby Termonia

Cancer, le crabe rampant

- 65.000 nouveaux cas par an.

- Coût moyen pour le patient: 1.250 euros par an (après intervention de l'Inami).

- Le traitement du cancer absorbe entre 10 et 20% du budget Inami (qui est de 27,8 milliards d'euros).

Le diagnostic est tombé en pleine grossesse: cancer du sein métastatique. C’était il y a trois ans. "J’ai été forcée d’entamer une chimiothérapie, couplée à une radiothérapie. Heureusement, mon enfant est né sain et sauf", confie Monika, 35 ans. Au bout de plusieurs mois de lutte, le cancer est vaincu. Jusqu’à de nouveaux résultats, en septembre 2014. "Une récidive, doublée de métastases au foie." La suite défile "comme dans un mauvais rêve": de blocs opératoires en chimiothérapies, en passant par des séances de radiothérapie… Monika était arrivée en fin de parcours.

"C’est à ce moment-là que mon oncologue m’a parlé de thérapie ciblée. Ça a été un coup de fouet." Vraie révolution ces quinze dernières années, le principe des thérapies ciblées est simple: la maladie n’est plus traitée en fonction de l’organe touché, mais en fonction des spécificités de la tumeur, de son "profil génétique". Des molécules ciblent ces anomalies, on parle alors de médecine de précision.

Le parcours thérapeutique de Monika ne fait pas figure d’exception. Depuis un an, la société OncoDNA, créée en 2012 par le pharmacien d’industrie Jean-Pol Detiffe, à qui l’on doit la création, quelques années plus tôt, de la spin-off de l’ULB DNAVision, exporte ses tests de séquençage OncoDEEP dans plus de 50 pays.

Nouveaux traitements sur mesure, remboursement ou non par la Sécurité sociale, détection du cancer via une prise de sang : Lire la suite de l’article dans sa version complète.

Rafal Naczyk

La face cachée des coquelicots

Euroscreen

Jean Combalbert, patron d'Euroscreen - ©Kristof Vadino

L'endométriose, une maladie gynécologique

- 10% des femmes entre 25 et 50 ans, 1.400 cas chaque année aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

- La maladie perturbe le système d'ovulation et provoque de fortes douleurs pendant les règles.

En à peine 4 ans, Sophie, 33 ans, a dû subir 8 opérations. "J’ai eu 4 pneumothorax", raconte-elle. Il s’agit d’un détachement du poumon de la cage thoracique. À chaque fois, le pneumothorax apparaissait pendant sa période menstruelle. Ce qui aurait pu apparaître comme une coïncidence s’avère être à l’origine du mal. Sophie souffre d’endométriose, à l’instar d’une femme sur dix âgée entre 25 et 50 ans.

Cette maladie, qui peut être très douloureuse, provoque des problèmes de fertilité. Les traitements actuels sont lourds et ont des effets secondaires peu agréables, comme la perte de libido ou des problèmes d’ostéoporose. "C’est un peu comme utiliser un bazooka pour tuer un moustique", commente Jean Combalbert, CEO d’Euroscreen.

Euroscreen, ancienne spin-off de l’ULB, est une entreprise belge créée en 1994. Elle est à l’origine d’un nouveau traitement, plus léger. Aujourd’hui testé par une centaine de patientes, il suscite de l’espoir au sein du corps médical. Il permettrait de réduire le taux d’hormones responsables de la maladie, sans induire une subfertilité. Pourtant, les partenariats de l’entreprise ont essentiellement été conclus avec des entreprises américaines, jamais avec des sociétés belges.

Les phases de test, l’évolution en Belgique, pour en savoir plus sur le traitement et sur Euroscreen, lisez l’article dans son intégralité.

Anaïs Sorée

Un métier à tisser pour guérir l'anévrisme

Cardiatis

Cardiatis - ©Kristof Vadino

Les maladies cardiovasculaires, première cause de décès

- 40.000 personnes décèdent annuellement des conséquences de déficiences cardiovasculaires (43% des décès).

- La maladie coûte 3,5 milliards d'euros par an à l'Inami.

- La réduction des facteurs de risque cardiovasculaire et la meilleure prise en charge thérapeutique ont permis de diminuer de près de moitié le nombre de décès d'origine cardiaque.

"Cardiatis? Je ne connais quasi rien d’eux. Tout ce que je peux dire, c’est que je porte un stent de 25 cm dans mon corps fabriqué par cette entreprise belge", nous confie Lucian Degan, un retraité roumain, alerte et jovial.

"Toute ma vie, je me suis bien senti. Je suis sportif. Je n’ai jamais fumé, ni bu. Je ne suis jamais tombé malade. Et puis, l’an dernier, lors d’une radiographie du rein faisant suite à une douleur, le médecin m’annonce, outre que mon rein va bien, qu’il a découvert un anévrisme de 5 cm sur l’aorte abdominale". Il fait une pause. Grimace, les yeux écarquillés. Puis retrouve son large sourire. "Un anévrisme sans symptôme, indolore. Je pouvais en mourir n’importe quand."

L’anévrisme est soit d’origine génétique, soit causé par de l’hypertension ou de l’inflammation. L’alcool et le tabac sont des facteurs aggravants. Un vaisseau se dilate et forme un sac dans lequel un flux de sang turbulent exerce une pression de plus en plus forte sur la paroi. Avec le temps, les tissus finissent par se fragiliser. Le sac peut céder à tout moment et provoquer une hémorragie fatale. Selon les statistiques, 5% des hommes de plus de 65 ans seraient porteurs d’un anévrisme de l’aorte.

Une méthode non-invasive

"Une équipe médicale m’a pris en charge. J’avais deux solutions. Soit une opération chirurgicale nécessitant l’ouverture de la cage thoracique afin de placer un tube en plastique. Soit une méthode non-invasive, la pose d’un stent. Comme je ne voulais pas qu’on me coupe le sternum, j’ai choisi le stent."

Mais les stents, des sortes de tuteurs vasculaires, ont d’autres inconvénients. Les modèles courants comportent un risque de paraplégie. C’est là que la technologie de Cardiatis entre en jeu. Baptisé MFM ("Multilayer Flow Modulator"), les stents fabriqués par Cardiatis et implantés sur plus de 4.600 patients n’ont encore connu aucun cas de paraplégie depuis cinq ans.

Prise en charge par la Sécu, les secrets de la technologie utilisée par Cardiatis : pour en savoir plus, lisez l’article dans sa version complète.

Vincent Georis

A la veille d'un miracle

Jean-Marie Saint-Remy

Jean-Marie Saint-Remy - ©Debby Termonia

La sclérose en plaques, une maladie de femme

- 14.000 cas en Belgique.

- Le traitement de l'Interféron coûte 11.250 euros par an au patient (avant l'intervention de l'Inami).

- Se déclare entre 20 et 35 ans.

- Les femmes sont deux à trois fois plus touchées que les hommes.

- Maladie inexistante dans l'hémisphère sud.

L’essai clinique est sur le point de débuter. En juin. Un seul patient. L’enjeu est énorme. Une maladie réputée incurable pourrait être soignée. Et un vaccin serait possible. Le professeur Jean-Marie Saint-Remy, fondateur de la spin-off ImCyse, est à la veille d’une consécration. Il aura bientôt vaincu la sclérose en plaques.

La première injection du traitement proprement dit aura lieu dans moins d’un mois, en juin. L’heure est à la concentration, aux préparatifs finaux, à la prière…

Et on imagine aussi la pression pour le corps médical qui l’entoure, le médecin de ce (cette) patient(e), le professeur Vincent Van Pesch, neurologue aux cliniques universitaires Saint-Luc. Et surtout pour un autre professeur, Jean-Marie Saint-Remy, celui par qui tout est devenu possible, l’homme de science qui a mis la thérapie au point, avec son équipe d’une petite quinzaine de chercheurs. Nous le retrouvons au bio-incubateur de la KUL, dans les locaux d’ImCyse, la société qu’il a fondée en juillet 2010. ImCyse est aussi installé au Giga du Sart Tilman à Liège. Wallonie, Flandre, Bruxelles, … les trois régions sont impliquées.

Pour comprendre le fonctionnement de la sclérose en plaque et le traitement proposé, lisez l’article dans sa version intégrale.

Luc Dechamps

Sur la piste d'un vaccin

Decio Eizirik

Decio Eizirik, ©Dieter Telemans

Diabète, 20% de cas en plus en 2030

- 610.000 cas( 8% de la population en âge de développer la maladie). On estime qu'environ 749.600 Belges (adultes) seront atteints de diabète en 2030.

- Coûte 1,94 milliard d'euros par an pour l'Inami, soit 10% du budget soins de santé.

Decio Eizirik est médecin et endocrinologue. C’est aussi un spécialiste du diabète de type I, et plus particulièrement des mécanismes fondamentaux qui amènent les cellules bêtas du pancréas à dysfonctionner et à mourir, entraînant l’apparition de la maladie.

Le Pr Eizirik dirige aujourd’hui le Centre de recherche sur le diabète à l’Université Libre de Bruxelles (Campus Érasme). Une trajectoire professionnelle tout entière dédiée à la recherche qui prend racine au Brésil, il y a plus de 35 ans, dans une des meilleures écoles de médecine du pays où il envisageait à l’origine… de devenir psychiatre.

Le diab├Ęte dans le monde

Le diabète de type I est une maladie auto-immune, qui se déclenche vraisemblablement lorsque trois éléments entrent en conjonction: une prédisposition génétique, une "mauvaise éducation" du système immunitaire qui prédispose à l’auto-immunité et qui est générée, peut-être, par une trop grande hygiène lors des premiers mois de la vie, et l’une ou l’autre infection virale.

Le diabète de type II se développe plutôt suite à une prédisposition génétique couplée à la sédentarisation trop marquée, une alimentation peu équilibrée, l’obésité etc. Les travaux du Dr Eizirik concernent essentiellement le diabète de type I.

Création du "Brussels diabetes research pole"

Pour tirer l’affaire au clair, des moyens et des ressources toujours plus importants sont nécessaires. Le Centre de Recherche sur le diabète que Decio Eizirik dirige à l’ULB n’est pas une fin en soi. "Je souhaite le développer en un véritable pôle de recherche régional sur le diabète", confie-t-il.

La recherche progresse bien dans cette voie. En Finlande, trois types de virus qui infectent les cellules bêta ont déjà été identifiés. Trois cibles potentielles pour un futur vaccin…

Pour en savoir plus sur les projets de recherches sur le diabète, consultez l’article dans sa version intégrale.

Christian Du Brulle

Mettre le cerveau en boîte

Pierre Vanderhaegen

Pierre Vanderhaeghen - ©Dieter Telemans

Les maladies neurologiques génétiques

- Alzheimer: 130.000 cas en Belgique. Pourraient en toucher quatre fois plus en 2050. Apparaît généralement après l'âge de 65 ans. Le coût Inami est de 4.500 euros par an à domicile ou 18.000 euros par an en institution.
- Autisme: 100.000 cas en Belgique. Apparaît avant l'âge de 3 ans.

- Epilepsie: 60.000 à 70.000 cas en Belgique. De toutes les maladies neurologiques génétiques, c'est la seule pour laquelle il existe un traitement.

Il fait plutôt calme, en cette fin de matinée, à l’Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire (IRIBHM), sur le campus d’Erasme. Nous sommes derrière l’hôpital universitaire du même nom pour rencontrer le professeur Pierre Vanderhaeghen. Il a reporté une réunion pour nous recevoir. "Notre méthodologie pourrait connaître pas mal d’applications. Les gens avec qui j’avais cette réunion sont un groupe de chercheurs qui s’y intéressent pour le diabète" nous dit-il après nous avoir fait entrer dans son bureau.

La méthodologie en question, c’est le développement in vitro de cellules dites "pluripotentes," créées à partir de cellules embryonnaires souches, et destinées à reproduire rien de moins que les neurones du cerveau. Une recette, unique à l’origine, pour étudier l’une des zones les plus obscures et les plus importantes de l’être humain: le cortex cérébral. C’est l’écorce du cerveau, la zone où se regroupent les aires fonctionnelles, celles de la vision, du langage, du toucher, l’aire motrice, etc.

Ce qui intéresse le Professeur Vanderhaeghen, c’est que, normalement, les cellules reçoivent un message moléculaire qui détermine leur futur métier… sauf les cellules neuronales. "C’est assez paradoxal: c’est la structure la plus compliquée, celle du cerveau, qui est générée de cette façon-là. C’est cette idée très simpliste qu’on a reproduite en laboratoire."

"On a donc cultivé des cellules embryonnaires souches dans un milieu où il n’y a rien, ou presque. Juste de l’insuline pour permettre la survie des cellules." Et, miracle. Non seulement, la culture développe des cellules du cortex, mais, en plus, "ces cellules, toutes seules, ont la capacité de générer entre elles une complexification, une auto-organisation". En clair, les neurones correspondant aux différentes couches du cortex apparaissent, naturellement, selon une séquence bien définie. "On peut désormais faire du cortex en boîte."

idf.org

Source: Idf.org

Culture de cellules du cortex, les expériences sur des souris, la "reprogrammation" cellulaire, les applications médicales potentielles : découvrez le "cerveau en boîte" en lisant l’article dans son intégralité.

Serge Quoidbach

Voyage au bout de la nuit

Apnée du sommeil

Apnée du sommeil, une maladie insidieuse

- Touche 4% des hommes et 2% des femmes. 22 à 47% des hypertendus seraient porteurs d'un syndrome d'apnée du sommeil.

- 67.290 personnes traitées en 2013 (contre 25.400 seulement en 2008). 58 millions d'euros par an à charge de l'Inami.

- L'apnée du sommeil augmente de façon importante le risque de maladie cardiovasculaire et de répercussions neuropsychiatriques, sociales et professionnelles.

"Dormir est une façon de mourir à la réalité", disait Dalí. Se réveiller en pleine nuit, c’est la réalité qui vous éclate à la figure. Dormir est même une façon fort concrète de passer l’arme à gauche. En cause: l’apnée obstructive du sommeil.

"L’apnée du sommeil, c’est le glissement de votre langue qui vient boucher les voies respiratoires quand vous dormez," nous décrit Robert Taub, CEO de Nyxoah et développeur d’un implant qui vise à réguler les mouvements de la langue. "Les organes vitaux ne sont alors plus oxygénés convenablement. Le cerveau envoie un message au cœur qui, pour vous réveiller et redonner du sang dans vos organes vitaux, se met en hypertension. Vous vous réveillez et vous vous rendormez, mais à la longue, s’installe durant la nuit une forme d’hypertension, et c’est là qu’apparaissent les risques de l’apnée du sommeil: l’hypertension continue la journée parce que le corps s’y est habitué. Avec les risques cardio-vasculaires qui s’imposent. La population normale fait de 0 à 5 apnées par heure" détaille le Professeur Hamans, de l’hôpital universitaire d’Anvers.

Nyxoah a mis au point un implant à placer par une petite incision sous le menton, une révolution par rapport aux masques respiratoires. L’implant agit comme un neurostimulateur, qui redresse la langue avant qu’elle n’obstrue les orifices respiratoires. Outre l’implant, un patch adhésif jetable doit être placé au coucher. Il reçoit ses commandes de l’"activation chip", une pastille qui se clipse sur le patch. Rien de plus.

Découvrez l'article complet.

Serge Quoidbach

Atelier plasticine

Novadip Biosciences

Novadip - Jean-François Pollet - Denis Dufrane - ©Dieter Telemans

Pathologies osseuses, quand l'armature craque

- Ostéoporose: 600.000 femmes et 120.000 hommes âgés de 65 ans et plus souffrent d'ostéoporose. Une fracture de la hanche coûte 17.000 euros à Sécu et il y en a 15.000 par an en Belgique.

- Tumeur osseuse: 130 nouveaux cas par an. Souvent à la hauteur du genou. Une prothèse du genou coûte entre 2.000 et 3.000 euros.

- Anthrose: 1.000.000 de cas estimés en Belgique.

À 12 ans, on est un gosse et on a une bosse au tibia. Quand le bobo le plus banal s’avère être une tumeur cancéreuse, l’enfance s’éloigne bien plus vite que prévu. Pour Nicolas Dabe, elle a pris la tangente un jour d’août 2010. "On croyait que cette bosse sur le tibia venait d’un coup que j’avais reçu à l’école. Comme ça durait, je suis allé chez le médecin. Après une radiographie, on a vu que c’était un sarcome d’Ewing. En gros, une tumeur qui ronge l’os et ses alentours", explique l’adolescent qui a aujourd’hui 16 ans.

Le traitement est lourd: 6 cures de chimiothérapie de cinq jours, chacune espacée de trois semaines. Ensuite l’opération pour ôter la partie d’os "rongée". Puis 8 nouvelles cures de chimio. Au total, neuf mois de traitement, sans pouvoir sortir de chez lui puisque la chimio affaiblit le système immunitaire. Et puis, il faut enchaîner avec un an et demi de kinésithérapie pour réapprendre à marcher.

"Comme ils ont remplacé une partie de tibia, il fallait attendre que le nouveau morceau de tibia se soude au mien. Le moindre mouvement fragilisait la greffe", détaille Nicolas.

Être contraint à l’immobilité quand on est à l’âge d’explorer le monde, c’est dur. Et pourtant, Nicolas est chanceux. Il a bénéficié d’un procédé révolutionnaire. Pour faire simple, le chirurgien a collé les deux morceaux de tibia avec de la plasticine. De la plasticine high-tech, bien entendu, mise au point par Denis Dufrane, inventeur de la technique et cofondateur de Novadip Biosciences, spin-off de l’UCL.

Vasculariser la plasticine, construire l’os, éviter le rejet, découvrez les enjeux médicaux et financiers de l’innovation baptisée "Creost" et suivez l’histoire de Nicolas Dabe dans l'article intégral.

Cécile Berthaud

Une lumière sur le chemin de la cécité

Nathalie Collignon

Nathalie Collignon - ©Debby Termonia

Glaucome, une maladie dégénérative du nerf optique

- 100.000 cas en Belgique. 30% de cas supplémentaires d'ici cinq ans. 2% de la population belge de 40 ans et plus.

- Touche surtout les personnes de plus de 45 ans. Deuxième cause de cécité irréversible, après la Macula (dégénérescence maculaire liée à l'âge). Maladie insidieuse: aucun symptôme, aucune prévention possible.

Jean (nom d’emprunt) a 45 ans lorsqu’on lui diagnostique un glaucome de stade avancé. Comme la majorité des quelque 2% de Belges, de 40 ans et plus, atteints par la maladie, ce gendarme ne soupçonnait aucunement sa pathologie.

"Lorsque la gendarmerie a été démilitarisée, la médecine du travail a effectué en 2001 des examens médicaux. C’est là qu’on m’a diagnostiqué un problème important à l’œil gauche. Pourtant, j’avais eu, 2 à 3 ans auparavant, une visite de contrôle chez mon ophtalmologue où tout semblait normal", explique Jean.

Le glaucome est en effet une maladie dégénérative du nerf optique qui ne se manifeste par aucune plainte. Seul constat: une vision qui, petit à petit, se voile de la périphérie vers le centre.

"L’un des principaux facteurs de risque du glaucome à combattre est la tension dans l’œil, explique le docteur Nathalie Collignon, neuro-ophtalmologue spécialiste du glaucome au CHU de Liège. Cette tension est liée à un déséquilibre entre la production du liquide dans l’œil, l’humeur aqueuse, et son évacuation."

Après la dégénérescence maculaire liée à l’âge, le glaucome est à ce jour le deuxième cas de cécité irréversible dans nos pays développés.

Jean avait essayé tous les traitements pour freiner le développement de son glaucome. Il y a plus de quatre ans, à deux doigts de perdre son œil, son ophtalmologue lui soumet une alternative: un implant permettant de réguler la tension oculaire, cause de la dégénérescence de son nerf optique. Le procédé "made in Belgium" est encore en phase expérimentale mais Jean accepte. Il s’en félicite aujourd’hui.

L’implant ne guérit pas les patients, mais ralentit le développement du glaucome. Découvrez ses phases d’évolution en même temps que l’histoire de Jean dans l’article complet.

Dominique Liesse

Contrôler son cerveau

Anne-Marie Clarinval

Anne-Marie Clarinval - CEO HumanWaves - ©Dieter Telemans

Hyperactivité chez l'enfant

- 90.000 à 113.000 cas (3 à 5% des enfants).

- Entraîne des difficultés à inhiber et à contrôler les idées (inattention), les gestes (bougeotte physique), les comportements et les émotions (impulsivité).

- 30.000 cas sont traités et remboursés par l'Inami. 30.000 autres sont traités et sans être remboursés. Le remboursement de la rilatine a coûté 6 millions d'euros en 2013.

L’expérience se déroule dans un laboratoire du campus Erasme de l’ULB, à Anderlecht. Décor geek, un tantinet surréaliste, mais sans excès. Sous la tiédeur des néons, des électrodes s’entrelacent avec des câbles reliés à des caméras. Plaqués contre le mur, des manuels de physique s’empilent sur des traités sur le cerveau. Et au milieu de ce chaos apprivoisé, une tasse à café et son célèbre logo, vestige d’une intense collaboration avec la Nasa.

Assis sur une chaise, Dorian, 7 ans, est coiffé d’un casque d’électroencéphalographie. À ses pieds, un petit robot. "Vas-y Dorian, donne-moi des alphas", lui lance Anne-Marie Clarinval, administratrice déléguée de HumanWaves. Amusé, mais docile, Dorian ferme les yeux. Il se détend. Sans effort, ses muscles se relâchent, le stress s’évacue. Et la magie opère: le robot avance, commandé par la pensée. "C’est facile, lance Dorian, il suffit de se relaxer."

"Le seul interrupteur, c’est le cerveau de Dorian, explique Anne-Marie Clarinval. En changeant sa fréquence neuronale, il commande tout."

Depuis deux ans, cette spin-off de l’ULB et de l’UMons s’applique à rendre réel un vieux rêve transhumaniste: apprendre au patient à booster certaines zones du cerveau par rétroaction neurologique (neurofeedback), une approche psychiatrique qui vise à prendre conscience de sa propre activité cérébrale pour agir sur certains désordres comme les troubles de l’attention.

"Ces méthodes encouragent le patient à explorer lui-même sa propre voie de guérison, plaide Anne-Marie Clarinval. Il est possible de remodeler nos câblages neuronaux par la simple force de la conscience" assure la chercheuse.

Abandon des médicaments, guérison des troubles de l’attention, voire de l’autisme, découvrez les avancées médicales potentielles induites par la stimulation neurologique. Google s’y intéresse d’ores et déjà, pourquoi pas vous ?

Rafal Naczyk

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