Acheter wallon? On a essayé...

UN REPORTAGE DE FRANÇOIS-XAVIER LEFEVRE
Développement: Valérie Gay, Raphael Cockx et Nicolas Becquet

Acheter wallon, Paul Magnette en rêve. Mais est-ce si facile? Avec mon épouse et mes trois enfants, j’ai tenté l’expérience en consommant uniquement des produits wallons pendant une semaine. Une véritable aventure qui débuta le dimanche 4 décembre par la liste des courses.

Avec trois garçons, il vaut mieux prévoir un peu plus: fromage, charcuterie, viande, légumes, eau pétillante, lait, produits d’entretien… Il me faut aussi des langes pour le petit dernier! C’est pas gagné, sans parler des cadeaux de Noël et de mon sapin. Ne pas oublier non plus la peinture car j’ai promis à mon épouse de terminer la salle de bain. Ça promet… La suite se déroule dans les rayons des grandes surfaces et chez les commerçants du coin. C’est parti!

Le supermarché

"Pendant une semaine, j'ai essayé de consommer wallon. Compliqué, mais pas impossible. Seule condition, avaler les kilomètres."

F.-X. Lefebvre

Prêts pour le défi. La liste de courses est fin prête.

J’attaque par la grande surface la plus proche.

Après avoir retourné des dizaines de paquets dans tous les sens, je dois bien me rendre à l’évidence, il n’y a pas grand-chose de Wallon ici. Où alors, on ne nous le dit pas.

Certains magasins proposent des fruits et légumes portant une appellation "fruits et légumes de Wallonie". L’offre est cependant limitée et pas très visible: tomates, poireaux, panais, pommes et poires. C’est tout!

Bingo, un poulet fermier de Wallonie, plus cher que son concurrent: 6,99 euros le kilo contre 2,65 euros, mais il semble bien dodu!

Question lisibilité, c’est vraiment pas terrible. Entre les codes-barres, les dizaines d’ingrédients repris sur un emballage et l’indispensable numéro de téléphone du service consommateur, c’est tout simplement illisible.

Quelques trouvailles, tout de même.

Un rayon "producteurs voisins" ! Une bonne idée mais rien pour ma consommation quotidienne.

Bilan mitigé pour cette première journée: Avec la vingtaine d’aliments récoltés, j’ai de quoi manger. Mais il me manque pas mal de produits dont les langes du petit dernier!

Le circuit court

Pour le deuxième jour, je mise sur les achats de proximité, histoire de varier les repas et de remplir les placards.

Une fois les commerçants repérés. En voiture!

Les magasins ne sont pas forcément loin de chez moi, mais ils sont dispersés.

Première étape, Marcinelle chez Biocap.

Le côté sympa avec ces achats de proximité, ce sont les explications des commerçants.

A la boucherie par exemple, la vendeuse m’a donné tous les détails sur l’origine de ma viande

Le rayon "produits ménagers".

Du produit vaisselle et un peu plus loin, du pain.

Ce sont les aléas du système. Mon fermier est cloué au lit. Je vais devoir attendre pour manger les oeufs et les légumes prévus dans mon panier bio.

Heureusement, j'ai plus de chance avec mon producteur de légumes!

Il y a actuellement 36 producteurs inscrits au label "Fruits et légumes de Wallonie".

Les 10 arboriculteurs fruitiers engagés dans l’IFEL-W représentent environ 15% des producteurs de pommes et poires wallons et les 26 maraîchers représentent une part importante des producteurs wallons capables de fournir la grande distribution et de répondre à ses exigences qualitatives.

Voici les enseignes qui participent à l’action: Leaderprice, Cora, Match, Carrefour et Carrefour Market.

Sapin, cadeaux, peinture...

Dernière ligne droite, trouver quelques cadeaux de noël sur internet. On m’a parlé du site C-Nowal spécialement créé par la Région wallonne pour promouvoir l’artisanat local.

Au-delà de la nourriture, que nous propose le "Made in Wallonie"?

c-nowal.be

La tête de ma belle-sœur quand je vais lui offrir à Noël la tête de Paul Magnette sur un magnet.

Blague à part, on trouve pas mal de cadeaux sur ce site web.

Vêtements, produits locaux, goodies... Et aussi des jouets.

J'ai besoin de peinture pour ma salle de bain.

Bemicolor, à Loverval, propose de la peinture wallonne depuis 1974!

Après les cadeaux, le sapin. Direction la pépinière Raunet.

Le drame avec les épicéas, ce sont les aiguilles. Et en plus ma voiture sort du carwash.

L'heure du bilan

Facture

Après avoir consigné systématiquement le prix du produit wallon et son équivalent en supermarché, voici la différence du prix de mon caddie:

- Courses 100% wallonnes: 164€.

- Courses traditionnelles: 93€

Une différence de... 75%.

Un écart de prix qui ne tient pas compte de la qualité des produits achetés.

Kilomètres parcourus

Au total, j'ai parcouru 47 kilomètres pour faire le tour des différents commerçants qui proposent des produits wallons, au prix de quelques détours.

Si j'avais choisi la facilité, une dizaine de kilomètres en voiture auraient suffi.

Entre l’arrêt à la boucherie, un stop chez son boulanger et enfin le gros de ses courses dans une grande surface, il faut par contre s’armer de patience.

Conclusion

Manger wallon, c’est possible. Mais mieux vaut de ne pas être pressé et ne pas espérer trouver 100% de ses produits fétiches.

Question visibilité, le gouvernement va devoir faire un gros effort, il va falloir convaincre les marques et grandes surfaces d’adopter le futur label "de Wallonie"!

Manger wallon est-il plus cher? Tout dépend de la qualité recherchée, un critère qui s’applique quel que soit l’origine des produits.

Bonus: Le reportage publié dans L'Echo